Pascal Pastier : le bonheur est collaboratif
Jeudi, 24 Juin 2010 07:47

 



















Webzine Macéo : Le 4 mai dernier, le Ministère de l’Espace Rural et de l’Aménagement du Territoire (MERAT) a distingué le Pôle Environnement du Limousin (PEL) dans le cadre de la sélection nationale des grappes d’entreprises 2010. Pouvez vous nous expliquer le concept de grappe d’entreprises ?
Pascal Pastier : A l’origine, on parlait de « cluster » pour les clubs d’entreprises. La traduction française « grappe » désigne un regroupement d’entreprises autour d’une thématique commune. Réunies par cette thématique ainsi que par leur ancrage dans le territoire, elles coopèrent et mutualisent leurs moyens, ce qui leur permet de générer plus de business que séparément. Il s’agit vraiment d’un réseau construit autour d’une dynamique d’entraide et d’échanges. Au final, ce mode de fonctionnement collaboratif permet souvent d’être plus souple et plus réactif qu’un grand groupe, puisque l’on couvre tout le process, de l’expertise initiale à la réalisation, avec l’appui d’organismes de formation professionnelle permettant le transfert de savoir.

WM : Comment sont nées les grappes d’entreprises ?
PP : Parallèlement aux pôles de compétitivité développés autour de très grosses sociétés, des clubs d’entreprises regroupant des PME-TPE se sont créés, à l’image de celui animé par l’Agence Régionale de Développement du Limousin en 1997, devenu PEL en 2006, autour de la thématique de l’environnement. L’existence de cette thématique commune fédère les entreprises autour de projets et d’intérêts communs au lieu de simplement les juxtaposer.

WM : Mais pourquoi l’environnement ?
PP : En Limousin, derrière l’environnement se cache avant tout la filière de l’eau. Les 3 grands axes de l'environnement que sont l’eau, l’assainissement et les déchets sont le sujet de formations proposées par l’université et l’école d’ingénieur. Notre territoire est aujourd’hui riche de ressources humaines dans ce domaine, aussi bien en bureaux d’études qu’en équipementiers, assurant ainsi conception et réalisation. N’oublions pas de mentionner l’existence de l'Office International de l'Eau qui est aujourd’hui le numéro 1 de la formation eau au niveau mondial. Vous le voyez, toute l’histoire du pôle environnement prend racine dans cet héritage historique.

WM : Parlez-nous de cette reconnaissance de votre action par le Ministère ?
PP : Nous avons monté un dossier suite à l’appel à projet lancé en octobre 2009 par le ministère dont l’objectif était de soutenir la dynamique des grappes d’entreprises. Sur 115 dossier s déposés, 42 ont finalement été sélectionnés. Nous sommes arrivés dans les 15 premiers, ce qui est une grande satisfaction. L’embauche d’une personne permanente à l’association va pouvoir être envisagée grâce à l’enveloppe de 200 000 € sur 3 ans dont nous dote le Ministère. Cela va permettre non seulement de nous structurer, mais aussi de travailler sur notre développement économique et commercial. L’enjeu est également de mieux nous faire connaître en région car nous avons aujourd’hui un manque de visibilité alors même que 600 personnes travaillent dans les 26 entreprises du PEL.

WM : Le principe de mutualisation n’est-il pas difficile à mettre en œuvre d’un point de vue idéologique ?
PP : C’est une question d’Hommes. Pour travailler ensemble, il faut se connaître, donc se rencontrer et organiser des occasions d'échanger sur nos métiers. Il faut arriver à partager aussi bien les choses positives que les problèmes, et miser sur une démarche à long terme basée sur la confiance mutuelle. La notion même de réseau est primordiale de mon point de vue. Je mise beaucoup sur le relationnel humain et sur le principe du gagnant/gagnant. Le chemin est parfois difficile mais on gagne une nouvelle approche.

WM : Pouvez-vous nous donner un exemple précis de collaboration entre entreprise du PEL ?
PP : Je citerais deux entreprise : Callisto dont l'activité est la gestion de l'eau en milieu industriel et Faure Equipement dont la spécialité est la déshydratation par filtre-presse. Récemment un grand industriel a consulté Callisto pour le traitement de ses effluents. Pour cette mission, Callisto a confié à Faure Equipement la réalisation d'un équipement de déshydratation permettant d'assurer 12 cycles par période de 24 heures avec reprise et évacuation des boues déshydratées par tapis transporteurs. Excusez moi d'être peut-être trop technique.

WM : En fait, les entreprises sont condamnées à s’entendre ?
PP : Le terme de «condamnées» ne me convient pas car il signifierait que nous agirions ainsi sous la contrainte. Pour moi, cela doit rester un élément de progression personnelle, de progression sur son entreprise et vis-à-vis de ses collègues de travail. Au final, un élément de bonheur personnel !

Rédaction :
Cyril Toutain
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