Bâtisseurs au coeur de pierres
Mardi, 09 Mars 2010 09:37


























En Cévennes, les constructions, ouvrages d’art, terrasses de culture et murs en pierres sèches constituent un élément majeur du patrimoine paysager. L’association des « Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches » (ABPS) s’applique depuis huit ans à préserver cette identité locale et à développer cette filière.

L’association a été créée en 2002 sous l’impulsion du Parc National des Cévennes, qui a voulu sauver ce savoir-faire patrimonial. « Avec l’arrivée du béton après la dernière guerre, la technique de la pierre sèche avait pratiquement disparu pendant quatre ou cinq décennies et il n’y avait plus de transmission de ce savoir », explique Cathie O’Neill (1). L’objectif des Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches est de rassembler des entreprises qui connaissent cette technique, d’organiser des formations afin de transmettre leur savoir-faire, de sensibiliser les collectivités et le public sur les avantages de cet art ancestral revenu au goût du jour.

Sans liant, la construction des murs en pierres sèches est peu gourmande en énergie. Résistant par la souplesse de sa structure et naturellement drainant, ce type de mur répond aux préoccupations des démarches de « Haute Qualité Environnementale » de développement durable.

L’association regroupe actuellement douze artisans : six en Lozère, cinq dans le Gard et un dans le Vaucluse. Ils construisent et restaurent des murs de soutènement, des murets de clôture, des calades.... Les environnements concernés sont ceux du patrimoine privé ou communal, de l’agriculture avec ses cultures en terrasse, des routes, chemins et sentiers pédestres. « Tous les artisans de l’association sont professionnels du bâtiment, inscrits à la Chambre des Métiers, précise Cathie O’Neill. Ce sont des passionnés, des artistes qui ont un amour pour la matière, pour la pierre dans le sens noble du terme. Leur métier requiert non seulement une bonne forme physique, mais encore des compétences techniques, beaucoup de réflexion et de créativité. Très valorisant, il commence déjà à attirer les jeunes. »

Formation et qualification

L’association des ABPS organise différentes formations adaptées au public visé : les particuliers, les agriculteurs et les viticulteurs pour la culture en terrasse, les agents techniques des collectivités désireuses de sauvegarder leur patrimoine culturel, et les artisans maçons, qui doivent répondre à une demande croissante de la construction en pierres sèches de la part des clients mais aussi des assureurs, de plus en plus convaincus de la validité dans le temps de ce procédé.

Depuis 2006, l’association coordonne un travail interrégional sur la professionnalisation de ces techniques de construction. Les premiers résultats viennent de voir le jour : le métier de bâtisseur en pierres sèches est dorénavant officiellement reconnu en France à travers la qualification : le CQP « Ouvrier professionnel en pierre sèche ». La formation peut désormais déboucher sur un diplôme national validé par la profession du bâtiment, une garantie de plus pour les assureurs qui auront ainsi la certitude que la construction sera effectuée par des spécialistes dans les règles de l’art.

L’approvisionnement en pierres

Les ABPS prônent l’utilisation d’une pierre prélevée à proximité. Mais les petites carrières locales, en Lozère, ont de plus en plus de difficultés à travailler face au lobbying des grandes carrières et à la lourde et coûteuse réglementation imposée pour remettre le site en état après utilisation. Face à l’augmentation de la demande de constructions en pierres sèches, l’approvisionnement devient alors problématique. Pour Cathie O’Neill, « dans les zones où il n’y a pas de carrières, une solution serait par exemple de travailler avec les municipalités qui feraient ouvrir leurs propres micro-carrières pour leurs propres biens collectifs. Les collectivités pourraient également récupérer les pierres rejetées lors de la construction des routes, les mettre sur une zone de stockage et les utiliser pour leurs chantiers. Ces pierres seraient extraites localement et auraient un coût abordable. »

Par son dynamisme, l’association des ABPS participe au développement durable des Cévennes en valorisant son patrimoine naturel et culturel, et donc la qualité de ses paysages.

(1) : Cathie o’Neill, coordinatrice de l’association ABPS.

À noter :

L’association Bâti et Savoir-faire en Limousin organise une semaine complète autour de la pierre sèche du 3 au 9 mai 2010 à Felletin (Creuse). L’association ABPS sera présente pour informer, former et sensibiliser le public aux techniques de restauration en pierres sèches.

Entretien avec

Cathie O’Neill - Coordinatrice de l’association ABPS,

Rédaction

Cyril Toutain – Stéphanie Bruzzese Laederich